La guerre est déclarée!

« Nous ne sommes pas passéistes ! », ont martelé le mercredi 6 janvier à l’unisson les membres fondateurs de l’association « Culture papier » dont l’objectif affiché est de sensibiliser l’opinion publique au rôle « économique, social et culturel » du papier et de l’imprimé, et d’en promouvoir un développement responsable.

« De manière en grande partie injustifiée, le papier, en matière environnementale, n’a pas une bonne image », a souligné Jean-Paul Bailly, président de La Poste. « C’est à nous de rétablir les faits sur des bases inattaquables ».

« Les moyens électroniques vont prendre de plus en plus de place. Mais ils ne vont pas prendre toute la place ».

Pour le patron de La Poste, qui reconnaît que la production de papier « a longtemps été très consommatrice d’énergie et d’eau » et que son usage « peut parfois donner une impression de gaspillage », les comparaisons environnementales, en particulier avec les moyens de communication électroniques, doivent être menées de façon cohérente.

Contrairement à une idée reçue, multiplier les démarches en ligne n’est pas, loin s’en faut, synonyme de « neutralité carbone ». Si cela permet une certaine forme de dématérialisation, le web est gros consommateur d’énergie (fabrication ordinateur, alimentation des serveurs etc.).

Début 2009, une polémique avait éclaté après la publication dans la presse britannique d’un article affirmant que deux recherches sur Google généraient en moyenne autant de CO2 que le fait de faire fonctionner une bouilloire, soit 7g de CO2 par recherche. Google a immédiatement réagi affirmant que, selon ses calculs, une recherche ne générait que 0,2 g de CO2.

Dans un « Manifeste en faveur du papier et de l’imprimé », l’association souligne que la production de papier, n’est pas, en France, synonyme de destruction de forêts : quelque 70% des fibres vierges utilisées dans la fabrication de la pâte à papier proviennent de coupes d’éclaircies nécessaires à la croissance de la forêt.

Elle rappelle en outre que le taux de recyclage moyen du papier est d’environ 60% en France.

Au-delà de campagnes de sensibilisation, et de la défense d’intérêts sectoriels, quelle peut être la place de « Culture papier », qui cite en exemple une organisation similaire créée au Royaume-Uni ?

« Soit ils sont crédibles dans l’amélioration des pratiques, soit ils ne font que la défense d’une utilisation passéiste du papier, et ils disparaîtront », estime Serge Orru, directeur général du WWF France, qui soutient, à titre personnel, cette initiative.

Pour le militant écologiste, le coeur du sujet est aujourd’hui le recyclage: « Il y de véritables forêts urbaines dans nos poubelles à papier ! ».

« Sur la production de papier et sur le recyclage, la France est plutôt en bonne place, mais on peut faire mieux », souligne de son côté Pierre-Marc de Biasi, directeur de recherche au CNRS, qui juge que La Poste, en raison notamment de son implantation géographique, serait idéalement placée pour devenir un acteur pivot du recyclage.

Au-delà des stratégies industrielles, pour être crédible, cette initiative devrait selon lui « nourrir un débat sur la place du papier » et « poser des questions profondes de civilisation et de culture », liées notamment, mais pas seulement, à la place du livre.